g]UN témoignage de Silvia
La conférence venait de s'achever, le maître se retirait lentement, un sourire éclairait son visage emprunt de bonté. Au moment où il allait disparaître derrière le rideau de scène, je lui adressais une prière muette. La réponse offerte à travers la salle fut immédiate: "Ne restez pas seuls, rejoignez une Sangha, vous y trouverez l'aide dont vous avez besoin".
Plusieurs années devaient s'écouler avant que je puisse suivre ce conseil. L'occasion finit par se présenter, mais tout n'était pas pas simple: j'avais peur. Il me fallait "faire confiance" et je n'étais pas certaine d'y parvenir.
J'avançais prudemment, prête à fuir toute agression. Cependant après chaque rencontre avec la Sangha je me sentais apaisée, j'étais acceptée telle que j'étais... Je découvrais un espace de liberté, de joie, de sérénité, un espace de partage.
Je n'avais personne à convaincre du bien fondé de mon choix, à suivre la voie bouddhiste, tous semblaient aussi assurés que moi et déterminées dans la pratique. Chacun des participants laissait deviner à un moment ou à un autre une souffrance aussi présente que la mienne, un mal être sournois, parfois de la détresse. Je découvrais des compagnons de route que la vie n'avait pas épargné.
Comme moi, ils venaient se réchauffer, reprendre des forces et quand ils le pouvaient, offrir compassion et amour à ceux qui en avait besoin.
Le groupe devenait un ventre maternel accueillant et généreux, un endroit pour vivre et grandir, pour se préparer en silence à être présent, à comprendre, à aimer et à partager.
Je n'entre jamais dans le zendo sans une immense joie et toujours avec une sensation d'immersion totale.
Je me dis chaque fois que je suis là où je dois être, que je suis "arrivée, je suis chez moi".
Un merveilleux voyage.
Ma première expérience au Village des Pruniers est celle d'une traversée vers une contrée belle, paisible, protégée.
Il y a d'abord le voyage dans l'espace, avec à son terme des paysages de lumière et de gaieté.
Ensuite, vient la rencontre de l'étrange : qui sont ces gens venus de points cardinaux opposés mais unis dans leur démarche? Ils se saluent, mains jointes, parlent peu, s'arrêtent au son de la cloche.Le premier enseignement de Thây touche la conscience lentement, par étapes. Les oreilles s'emplissent d'abord du chant des moines; les yeux observent, fascinés, l'attitude si digne d'un moine, plus petit que les autres, qui s'approche, à pas mesurés. Et puis, à l'écouter, vient le tremblement intérieur qui signifie: quelque chose se passe dans mon c½ur, il s'ouvre.
Au fil des jours, j'ai tenté de vivre consciemment, du réveil à l'endormissement.
Présente dans la Sangha, j'ai goûté à la nourriture, à la marche, à l'écoute, au regard et au travail, d'une autre façon.
Et surtout, j'ai appris à ressentir l'autre de la manière la plus juste possible. J'ai réussi à me défaire de mes interprétations systématiquement négatives du comportement d'autrui. Et un monde beaucoup plus beau m'est apparu. Je souhaite à chacun de participer à ce merveilleux voyage.
Nathalie, sur sa première retraite au Village des Pruniers